Les Balkans destabilisés par les trafics et la contrebande France_Presse - 2003/9/6
Le trafics d'armes, de drogue et d'êtres humains, et la contrebande déstabilisent les anciens pays communistes des Balkans et entravent leur intégration dans les structures euro-atlantiques, a constaté une conférence internationale samedi à Sofia.
"Nous sommes des pays non-intégrés avec une mafia intégrée. Cela veut dire que toutes les mafias sont mieux en rapport avec les mafias occidentales que nous, Etats, ne le sommes avec les pays de l'Ouest", a constaté le ministre albanais de la Défense, Pandeli Majko, devant une conférence sur la sécurité dans l'Europe du sud-est qui s'était ouverte vendredi dans la capitale bulgare.
Le secrétaire général de l'Otan, George Robertson, a pour sa part demandé aux futurs membres de l'Alliance atlantique dans les Balkans de "déraciner le crime et la corruption et établir l'Etat de droit".
"L'instabilité des Balkans pendant la dissolution de l'ex-Yougoslavie a rendu cette région particulièrement sensible à l'influence de la criminalité organisée et de la corrupton", a souligné l'ambassadeur des Etats-Unis à Sofia, James Pardew. "La contrebande, notamment de voitures volées, le trafic d'armes, de drogue, de devises et de passeports (...) sapent la sécurité nationale et les réformes entreprises par les gouvernements", a-t-il ajouté.
"La nouvelle +division du travail+ entre les groupes criminels organisés dans les Balkans se traduit par un rôle accru des Albanais et des Turcs dans le trafic d'héroïne, de groupes criminels albanais, macédoniens, bulgares et turcs dans le trafic d'être humains, et de groupes de Serbie, de Russie et des anciennes républiques soviétiques dans les assassinats commandités", selon un rapport du Centre pour l'étude de la démocratie, un institut bulgare spécialisé dans la criminalité organisée.
La situation géographique des Balkans, entre l'Europe et l'Asie, explique le passage par la région d'importantes quantités héroïne et de centaines de milliers d'immigrants clandestins de l'Asie vers l'Europe, note le rapport.
L'ancien ambassadeur de la Bulgarie à l'Otan, Boiko Noev, a expliqué le développement de la contrebande et du trafic dans les Balkans par "l'inefficacité" de l'embargo imposé à la Yougoslavie dans les années 90. "Le problème des frontières ne sera résolu que lorsque les frontières ne seront plus nécessaires: une intégration de la région" à l'Union européenne "plutôt que son isolation, est le meilleur moyen à résoudre le problème", a-t-il dit.
Les élites dans les républiques issues de l'ex-Yougoslavie ont activement développé des canaux de contrebande pour pallier les embargos, notamment pour se procurer des armes, mais aussi du pétrole et d'autres produits depuis la Bulgarie, la Roumanie et l'Albanie, indique le Centre d'étude de la démocratie.
Ces canaux ont été plus tard "privatisés par des individus et groupes bien placés ou étroitement liés aux élites au pouvoir", qui les exploitent pour trafic de drogue, d'être humains, de véhicules volés, de cigarettes, d'alcool, de textile, de sucre et de viande, selon le rapport.
Les mesures contre le trafic demeurent "inefficaces", les mêmes élites étant restées au pouvoir pendant une décennie en Croatie, Bosnie, Serbie et Monténégro. D'autre part la succession des partis au pouvoir en Bulgarie, Roumanie et Macédoine a résulté en mesures qui "n'ont mené qu'à un changement des gens impliqués", chaque nouveau pouvoir démantèlant les réseaux de contrebande tolélérés par ses prédécesseurs et créant les siens, indique le rapport.
Le Centre d'étude de la démocratie constate que de 30% à 35% de la consommation de pétrole en Bulgarie est satisfaite de contrebande, "le tarif" d'importation étant un pot de vin de 50.000 euros par citerne de 3000 à 5000 tonnes.


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